![]() ![]() |
La Tombe parle ... " Indocti discant et ament meminisse periti ... "(Que les ignorants apprennent, que les initiés se souviennent ...) - Symbole - extraits - Editions du Phare (Cahors)
________________Du monde invisible par delà les étoiles, une voix mysterieuse a parlé, donnant à la Terre le plus bouleversant des messages ... son nom : Symbole. De 1919 à 1937, la voix s'est fait entendre à l'oreille de Mme Laval, un des plus grands médiums des temps modernes. Symbole s'adresse aux lecteurs capables de s'élever au-dessus des routines et des obscurités dogmatiques. Il a dicté, mot à mot, son œuvre magistrale : La Tombe parle. Ouvrage qui fit grand bruit dans les milieux littéraires de l'époque. - Henri Azam (1967) -
________________"Homme, l'esprit souffle où il veut. Le vent déchaîne les orages. L'esprit apporte la lumière éternelle, ce flambeau tout puissant. Je suis l'être invisible penché sur le gouffre, guettant l'heure des révélations, cherchant les oreilles attentives à la voix de l'inconnu. Je suis l'inspirateur des poètes et des chercheurs et mon aile s'irrise aux azurs éternels ... Quand Musset s'oubliait, rêveur à la fenêtre, Il me voyait parfois, lumineux, apparaître Comme un fantôme ailé dans le soir finissant Et je baisais sont front d'un geste carressant ... Et ... j'étais le bourdon de l'essaim invisible Qui dans la "Ruche Hugo" rimait l'intraduisible. L'insoupsonné, L'Immense en son Enormité. Nous étions les cerveaux sous ce front de clarté. Crois tu qu'un seul essor puisse avoir l'envergure De tant d'effarement sous la même figure ? Je suis l'esprit qui souffle et le spectre qui sait ; J'animais bien souvent les ombres de Jersey, J'étais de la pléïade énorme, redoutable, Qui chantait le mystère au rythme de la table ... L'Infini descendait dans l'extase des soirs Et l'on voyait fumer de vagues encensoirs. Quand la nuit se paraît, telle une ballerine, Nous venions profiler à Terrace-Marine Nos spectres lumineux de magiques rayons Sur la petite table où tremblaient les crayons ... J'étais l'Ombre, l'Esprit, la lumière innommable. L'Ange, symbole abstrait de l'Incommensurable. Combien pése le nom dans la fuite du Temps ? L'énorme état civil de l'éternel printemps Ne garde qu'un frisson dans ses vastes Archives. Un nom ? Un mot ? Un son ? Vaines prérogatives, Matricules étroits des terrestres prisons, De l'abolissement, minuscules blasons. Je suis l'Immatériel agissant. Que t'importe ? Puisque du firmament mon aile ouvre la porte. Si je suis l'inconnu, je suis aussi l'espoir ... Ton pauvre œil angoissé ne peut m'apercevoir ... Laisse moi demeurer l'anonyme qui vole, L'invisible Savoir, l'Amour et le Symbole.
... L'enfant lisait encor au lumineux miroir Le tryptique éternel : Esprit, Amour, Devoir !
Il est !... et son front vaste emplit l'espace énorme ... Il est !... c'est le vivant, l'Innommable, l'Informe, L'Imprévu tout puissant dont le rayonnement Allume dans les soirs le plafond firmament ... Il est en tout, étant à jamais la lumière, Depuis le pur esprit jusqu'au monstre matière Et l'on voit resplendir sur les immensités Sa tiare éternelle, aux suprêmes clartés. Homme tu ne pourrais monter jusqu'à sa face ... A peine si tu sais, de loin, suivre sa trace Tu pâlirais devant les degrés tournoiements Et tu chancellerais devant les flamboiements Qui du front glorieux, tombent sur les abîmes ... Mais, monter jusqu'à Lui, jusqu'à ce front sublime, Est dangeureux pour toi fils des mornes bas-fonds ; Ta sonde hélas, ne peut s'attaquer aux plafonds ; L'Impénétrable énigme, en ses rayons brûlants, Pourrait te consumer sous ses feux aveuglants. Il est l'axe éternel autour duquel tournoie Le quadrige des vents furieux, où se noie Le déluge des eaux en l'ampleur des autants Dans le double remous des longs flots remontants ... Il est l'autorité, l'Oscillation farouche De l'Immobilité, Homme , tout ce qu'il touche Conserve en lui la force et devient un aimant ; Le Verbe étant à l'Infini le Grand Aimant ! Sa tendresse grandit au cœur de chaque atome, Depuis la pierre obscure à l'être sacré : "l'homme" Tout murmure son nom ! L'ouragan effroyable Le dit en mots d'éclairs d'une ardeur incroyable Et le balancement furieux de la mer Joint le mot éternel à son cantique amer ... La comète le jette aux mornes étendues Et les astres vermeils, aux courses éperdues, Le disent aux éthers, aux espaces tremblants ... La poussière l'épèle en ses rêves troublants ! L'animal le pressent et parfois le devine ... En lui palpite aussi la parcelle divine. Quand le soleil levant lance son auréole Eclairant à la fois et ton ciel et ta geôle, Regarde, et tu verras grandir l'Illimité Des flamboyants rayons, éclos du Front Clarté !
Sous l'ogival éclat des voûtes éternelles Passent de purs frissons, de vagues ritournelles ... Des orbes incessants aux vols mystérieux ... Les vents dans l'infini des pôles furieux Soufflent et l'on croirait entendre des paroles ... Tout est cadence et tout parait avoir ses rôles. Cela tourne sur qui ? cela roule sur quoi ? Cela gravite, où donc ? sur l'abîme ? pourquoi ? Plonge en les profondeurs, nage en les étendues, Poursuis avidement les courses éperdues Des soleils au couchant et des jours vers la nuit ; Va dans tout ce qui grouille et dans tout ce qui bruit Descends, monte, escalade enfin le front de l'Astre, De sommet en sommet, de pilastre en pilastre ; Lance toi, sans frémir, en plein ciel aveuglant Et dis-moi si tu vois l'Auteur étincelant : Le grand Tout à la face inquiétante et belle, L'Enormité sans fin, lumineuse et rebelle ? Parle ! As-tu mesuré tout le prodigieux ? L'Etre multiple au front calme et religieux A-t-il levé le masque ; a-t-il livré son rêve ? Montré l'arbre fatal aux naïvetés d'Eve ? Les essaims tortueux qui sillonnent la nuit Sous le Knout martelé du vent qui les poursuit, Ont-ils dit leurs secrets et trahi leurs mystère ? Et les comètes d'or, ces interplanétaires, Qui courent balayant l'inconnu redouté, Traînant leur chevelure énorme de clarté, Ont-elles fait un trou dans la céleste voûte, Afin de te montrer l'éblouissante Route ? Homme prosterne toi devant l'Immensité, Devant l'absolu morne au geste illimité ... Lutte, grandis, conquiers ton esprit sur toi-même. Crois : la foi, c'est du fort le levier suprême, Le sublime flambeau des antres vils et noirs Et des terrifiants et profonds entonnoirs. Sa bonté resplendit. Des constellations Il est l'axe et l'aimant et les créations Sentent tout son attrait dans leur saint équilibre. Il est le Sacrifice. Il est l'Unité libre Et l'on voit graviter autour de sa splendeur Tout ce que l'Infini possède de grandeur. Il est tout l'Innombrable et tient la clef de voûte ... Il souffre quand il voit que l'humain tremble et doute Au seuil de l'immuable et sublime portail ... Oui, lorsque tu maudis le ciel bleu, ce camail Où les étoiles d'or chantent son allégresse, Lorsque, dressant ton poing d'une main vengeresse, Tu menaces l'azur radieux et vermeil, Toi, le fils de la nuit, de l'ombre, du sommeil, Tout aime d'un amour éternel, inlassable, L'onde, le ciel, la nuit se parlent sur le sable Où le flot vient baver tumultueusement ... Les houles, les roulis vont amoureusement Enlacer les récifs et les écueils farouches ... Oh ! l'effrayant baiser de ces sinistres bouches, Amours mystérieux, instinctifs et fervents Dont le rut obstiné bondit avec les vents. C'est le moment étrange où toute âme s'élève Vers l'incommensurable horizon qui se lève.
Ils sont les légions, ils sont les multitudes Emplissant les bas fonds, les pures altitudes, De leurs rayonnements divers ... Ils sont l'Immensité radieuse et farouche Aux corps voluptueux, dont l'amoureuse bouche Embrasse tout les univers. Ils sont l'accroissement du Nombre par la Forme ; Et l'on voit s'élever l'énorme plate-forme Sous leurs efforts et leurs labeurs ... L'Immuable s'appuie à leurs rudes épaules, Dressant ses pesanteurs, ses axes et ses pôles Sur les essieux de leurs ardeurs. Ils dirigent la ronde effrayante et rythmée De l'Inconnu vibrant, en sa course animée Par le fouet d'un sort résolu ... Fantôme ténébreux, au spectre de lumière, Dansant à l'Infini, sous la robe matière, Le menuet de l'involu. O vous, vents furieux qui réglez ce prodige Et balayez les cieux sous l'affolant quadrige De vos courants vertigineux, Dites-nous quel effort produit ces violences, Quand l'atroce ouragan perce de mille lances L'éther paisible et lumineux ? Est-il donc pour changer en clartés, les ténèbres, Un ventricule énorme, où, sous d'âpres vertèbres, Le sang Nuit devient le sang Jour ? Et sous les monstrueux enchaînements des sphères, Ne sent-on point, parfois, les divines artères Battre leur rythme avec amour ? Pourquoi l'herbe frissonne en la terre qui pleure ? Pourquoi l'oiseau frémit ? Pourquoi l'homme demeure Flottant d'effroi sous l'Inconnu ? Pourquoi l'Eternité garde-t-elle le masque, Cachant sous un aspect ténébreux et fantasque, Son front splendide et méconnu ? Pourquoi ? - Le ciel répond en syllabes d'étoiles ... Homme, si tu pouvais regarder sous les voiles Des firmaments vastes et clairs, Tu lirais ton secret sous les pas de la foudre, Sous l'autan ; ce bavard qui se plaît à résoudre L'énigme immense des éclairs ... - Symbole -________________________ Magnifique œuvre offerte par M. Victor SIMON, je vous présente ici quelques fragments, pour, je l'espère, votre plus grand plaisir poésie oblige ... |